LA CORSE AU MOYEN AGE

HISTOIRE DE SINUCELLO DELLA ROCCA, DIT GIUDICE

 

Sinucello Della Rocca, l’un des personnages principaux dont Alexandre Cinarca est la réincarnation dans le roman… a réellement existé ! Valeureux sur le champ de bataille, sage dans les conseils, juste administrateur de la justice, il connut pourtant une triste fin et mourut en prison. Descendant des seigneurs de Cinarca, il est le premier à porter le nom de Giudice qui deviendra sous l'office Saint Georges, Giudicelli (les petits Giudice), puis Giudicelli de Mercury sous Napoléon premier. L'époque à laquelle il vint au monde est celle qui marqua la décadence de la république pisane, qui depuis longtemps exerçait son empire en Corse.  Coup de projecteur sur cet homme, qui, cinq siècles avant l'immortel Paoli, incarna la justice et la rigueur nécessaire pour faire l’unité de la Corse.

 

ANCIENNE CARTE DE LA CORSE


CONTEXTE POLITIQUE  


Petit rappel historique : à la mort de Frédéric II, la situation de l'Italie était très compliquée ; elle le devint bien d'avantage lorsque le pape Hurbain IV appela dans la péninsule un prince étranger, Charles d'Anjou, pour l'opposer à Manfred, Roi de Naples. Les Pisans, fidèles alliés de ce prince bravèrent les anathèmes de Rome et marchèrent alors sous ses étendards. Mais Manfred fut tué les armes à la main et ses amis perdirent courage et se dispersèrent. La république de Pise ne fut pardonnée qu'à des conditions humiliantes.

 

Pise: la Place des Miracles (Tableau du XVIIIème siècle).

 


Ces évènements eurent une grande influence en Corse. Non seulement les affaires de l'île étaient négligées, mais les plus religieux d'entre les Corses, épouvantés par les anathèmes que Rome avait lancés contre les Pisans, les crurent excommuniés et considérèrent les magistrats que la république avait en Corse… comme autant d'ennemis ! De cette manière, à mesure que l'autorité se relâcha, le pays sombra dans l'anarchie. Tous les liens sociaux se  brisèrent, plus personne ne respecta la loi; la justice n'eut plus de balance. Comment les questions furent-elles tranchées ? Tout simplement par la force et les armes !


A cette époque désastreuse, plusieurs seigneurs corses secouèrent le joug des Pisans et se placèrent sous la protection de Gènes. Ainsi la république voyait petit à petit la Corse lui échapper, sans qu'il lui soit possible de tenir en respect les peuples et les seigneurs. Il fallait en conséquence trouver une solution, et vite ! Les magistrats de Pise jetèrent les yeux sur un insulaire d'un grand mérite qui se trouvait alors dans cette ville, appelé Giudice et appartenant à une des plus puissantes familles de la Corse. Eh oui, Giudice… l’un des héros du Cinquième Monde ! Pise voulait probablement récompenser cet insulaire des services qu'elle lui avait rendus dans la carrière de armes qu'il avait embrassé ou espérait peut-être, par le secours de ce valeureux soldat, rétablir son autorité. En tout cas, elle résolut de l'envoyer dans l'île avec le titre de Comte de Corse, et en qualité de Général.

 

Gênes fut au moyen-âge une puissante république maritime, rivalisant avec Pise et Venise pour le contrôle du commerce en méditérranée, plus particulièrement en orient.

 

 

PORTRAIT DE GIUDICE

Giudice arriva en Corse tout comme il était venu au monde : dans les circonstances les plus difficiles ! Son père Gugglielmo della Rocca, avait été emprisonné et mis à mort par l'ordre de ses neveux, Arriguccio et Rainieri da Cinarca. Giudice vit le jour, selon Giovanni della Grossa, en l'année 1219 et porta d'abord, d'après Filipini, le nom de Sinucello, qu'il ne remplaça par celui de Giudice qu'après sa rentrée en Corse.


Privé dès son jeune âge de son patrimoine par ses cousins, il se vit dans la nécessité, avec deux de ses frères, de se retirer auprès d'un de leurs oncles, seigneurs de Covasina. Mais bientôt de vives discussions s'étant élevées entre ce seigneur et Giudice, ce dernier abandonna la Corse, se retira de Pise et entreprit la carrière des armes. L'histoire mentionne que lorsque les français vinrent attaquer cette ville, Giudice déploya un très grand courage et tua, en duel, un des officiers les plus redoutés, appelé Lordano. Ce fût apparemment en récompense de cette conduite que la république lui accorda le titre de comte de Corse, et l'envoya dans cette île en qualité de général.


La nouvelle de la prochaine arrivée de Giudice en Corse fut un sujet d’alarme pour tous les seigneurs de ce pays. Ils pensaient que s’ils acceptaient Giudice comme chef suprême, c'en était fait de leur liberté. Ils jurèrent donc de lui résister, et quand cet insulaire, après une longue absence toucha le sol de la patrie, il trouva tous les seigneurs en armes et prêt à combattre.


FORT DE MATRAS... où Miranda vient délivrer Alexandre, prisonnier dans un des cachots du souterrain.

 

L'ARRIVEE DE GIUDICE EN CORSE

Giudice arriva en Corse en 1245.  Deux galères chargées de troupes pisanes, qui se rendaient aux îles Majorque et Minorque, reçurent l'ordre de s'arrêter quelque temps en Corse pour seconder les entreprises du Général que la république envoyait dans cette île. Mais, dès son arrivée, le comte de Corse, qui avait une petite idée de l’accueil hostile qu’on lui réservait, résolut de parvenir à la suprême magistrature du pays, en employant d'autres moyens que celui des armes. Il licencia donc une partie de ses troupes, et accompagné d'un petit nombre d'hommes seulement, il s'établit sur les montagnes qui dominent Quenza, où son autorité ne tarda pas à être reconnue et respectée.

 

QuenzaPlanPont génois de Quenza, en Corse.


Exilé, pour ainsi dire, au centre du pays qu'il était appelé à administrer, Giudice attendait avec patience le bon moment pour intervenir dans les affaires de la nation. Cette occasion ne se fît pas longtemps attendre. Un homme est tué dans les environs de Quenza, et le meurtrier, poursuivi de maquis en maquis, de caverne en caverne, par les parents de la victime, ne voient d'autres moyens pour sauver sa vie, que d'aller implorer la protection de Giudice.

Mais ce dernier, qui connaissait très bien le caractère de ses concitoyens, et qui savait que la justice est la première vertu qu'un peuple demande à son chef, n'hésite pas dans l'arrêt qu'il doit prononcer.  « Qu'il meure, dit il, Giudice n'est pas venu en Corse pour être le protecteur des assassins ». Sa sentence résonne comme un coup de tonnerre !

Une pareille conduite devait lui attirer l'estime et la sympathie des Corses. Giudice n'était donc pas cet homme ambitieux qui était venu en Corse pour déposséder les seigneurs de leurs fiefs et tenir les peuples dans l'esclavage ? Non ! le nouveau chef que Pise envoyait dans l'île était un ami de l'humanité, disposé à maintenir l’égalité entre tous les partis, toutes les rivalités et toutes les ambitions. Il avait bien compris les instincts du peuple Corse. Peuples et seigneurs vinrent alors se grouper autour de Giudice, qui, voyant ses forces augmenter tous les jours, résolut de faire reconnaître son autorité les armes à la main.



LA GUERRE ENTRE LATRO ET GIUDICE


Latro, seigneur de Carbini, qui tenait sous sa suzeraineté Capola, Quenza, Aullene, et tous les pays qui dominent Scopamane, ne voyait pas d’un bon œil les forces et l'autorité du comte de Corse augmenter de jour en jour. Et ces appréhensions devenaient d'autant plus alarmantes, que le quartier général de Giudice, situé sur les hauteurs qui commandent Aullene, se trouvaient presque au centre de ses états.


Latro, craignant pour sa liberté et pour sa seignerie, s'il laissait à Giudice le temps de réunir toutes les forces dont il allait bientôt disposer, décida de le combattre. Secondé par Giudicello Biancolacci di Bisoggeni, et d'autres seigneurs, ses tributaires, Latro marcha contre son redoutable adversaire. Mais Giudice, qui avait été informé des intentions hostiles du seigneur de Carbini, prit toutes ses mesures, et quand ce dernier se présenta à son quartier général, il se trouva sous les armes, prêt à le combattre. Latro ayant perdu beaucoup de monde, sans avoir remporté aucun avantage, se retira à Carbini.
Cette guerre, dans laquelle Giudice avait déployé une grande valeur, et avait fait preuve de talents stratégiques, étendit encore davantage sa réputation et lui valut une augmentation de partisans ; L'heure était venue où Giudice allait enfin prendre une part active dans les affaires de la nation, en paraissant sur la scène, non comme un chevalier cherchant sur les ruines des autres à se créer un état, mais comme un chef jaloux de faire respecter l'autorité dont il a été revêtu.

 

Près de Corté…le lac de Capitello où Saviglia transmet le journal de Vincentello le matin du 22 novembre 1250...

LA RESTITUTION DU CHATEAU DELLA ROCCA


Tandis que Giudice se défendait contre les attaques de Latro, et qu'il obligeait ce dernier a rentrer en Carbini, une inimitié terrible entre les seigneurs de Cagna et les Arainchi, seigneurs d'Attalà, ensanglantait une partie de la Corse. Cette guerre durait déjà depuis de longues années, lorsque les seigneurs d'Attalà, incapable de résister plus longtemps aux efforts que faisaient les seigneurs de Cagna pour anéantir tout à fait leurs ennemis, implorèrent et obtinrent la protection de Giudice.


Après avoir fortifié les hauteurs dominant Aullène, devenues le centre de ses opérations, et y avoir laissé une bonne garnison, Giudice, à la tête de sa petite armée, marcha immédiatement sur Attalà. La lutte ne fut pas longue. Les seigneurs de Cagna et ceux de Cevalo, battus dans toutes les rencontres, eurent la douleur de voir les soldats du comte de Corse occuper leurs châteaux. Ce fut après nouveau exploits, et quand déjà il occupait la Pieve di Veggiana et le château del Corvo, que les gentilshommes qui avaient reçu en garde le château de Rocca, et son véritable patrimoine, à lui, Giudice vinrent au nom de sa mère lui en offrir les clés.

 

La montagne de Cagna est mysterieuse. Les anciens du village la respectent et l’implorent: “ô cagna, ô cagna a qui un tomba smaragna (oh Cagna, oh Cagna ceux que tu ne tues pas, tu défigures). Que de souvenirs pour une rando où le sentier n’est souvent qu’une trace qui serpente entre les cahos de granit.

 


Heureux de posséder enfin le domaine de ses pères, la hardiesse de Giudice ne connut plus de bornes. Il attaqua et vainquit tous les seigneurs ses voisins. Les seigneurs Biancolacci exceptés, tous le pays compris entre Ciliccia et Bonifacio reconnut bientôt son autorité.



LA RENCONTRE ENTRE GIUDICE ET SAVGLIA


L'Istria était gouverné à cette époque par une femme nommée… Saviglia et veuve du fils de Lucien de Franchi fondateur du château qui commande à cette Province. Vous l’aurez compris, le personnage de Saviglia, qui, dans Le Cinquième Monde, tombe amoureuse du Comte est inspiré d’un personnage bien réel. Dans ses courses, Giudice l’avait rencontrée et son éclatante beauté l’avait tout de suite ensorcelé. Un soir, comme il faisait l'aveu de son amour, un de ses officiers s'offrit pour négocier ce mariage. Giudice accepta la proposition et quelques jours après l'officier lui annonça que non-seulement la belle Saviglia consentait à l'honneur que voulait lui faire passer le Comte de Corse, mais elle le priait d'aller passer quelques jours au château d'Istria.

 


Comme on l’apprend très vite dans le chapitre 1 du roman, heureux de posséder bientôt la femme que son cœur adorait, Giudice s'empresse d'accepter la courtoise invitation de sa future et, accompagné d'un seul de ses officiers, se rend au château de sa belle où il est reçu avec tous les honneurs dus à son rang. La journée se passe au milieu des plaisirs et des festins. Plus belle que d'habitude, parée de ses plus brillants atours, elle parait heureuse. Mais quand la nuit arrive, la chambre dans laquelle est couché le Comte de Corse est tout à coup envahi par plusieurs serviteurs du château et Giudice est violemment traîné en prison. Pour une raison obscure (que vous découvrirez dans les prochains tomes de la trilogie), Saviglia l’a trahi.


La chronique rapporte que pendant sa courte captivité, Giudice reçut tous les jours la visite de la dame d'Istria qui, sans pénétrer dans son cachot, se plaçait devant une fenêtre grillée, et lui montrant un à un tous ses charmes, lui répétait : « Contemple, regarde comme je suis jolie, et dis si une pareille créature a été faite par Dieu, pour être la compagne d'un rustre comme toi ? ». Tourmenté, malheureux, Giudice résolût de briser ses liens.


LAC DE CAPITELLO, où Saviglia rencontre le voyageur de l'espace...

 

 

LA VENGEANCE DE GIUDICE


Pour sortir de ce guêpier, Giudice noue une intrigue avec l'une les femmes de chambre de Saviglia (devinez laquelle…), et grâce à cet te suivante, il recouvra la liberté. Dés qu'il sentit l'air libre des montagnes corses lui fouetter le visage, Giudice, jugeant sans doute que la vengeance devait être sa première aspiration, impose silence aux tressaillements d'amour dont vibrait encore son âme, réunit une armée, marche contre l'Istria qu'il ravage, renverse ses châteaux, et, par représailles, place Saviglia dans une maison close…


Puis sa fureur ne rencontrant plus de difficultés, il tourne ses armes contre les seigneurs Salaschi. Ces derniers, après une faible résistance, virent leur domaine ravagé et leurs châteaux renversés. Dirigeant tous ses efforts contre les seuls ennemis qu'il eut encore dans cette partie de la Corse, les seigneurs Biancolacci de Carbini et ceux de Bisoggeni, il obligea les premiers, afin d'obtenir leur amitié, à lui offrir pour épouse la fille de Latro (histoire développée dans les prochains tomes…), qu'il accepta, et les seconds à reconnaître sa suzeraineté.


Plus tard, par suite d'autres différents survenus entre Giudice et son beau père, ce dernier fut obligé de passer en Sardaigne où il mourut. Giudice confia alors aux neveux de Latro les domaines de ce seigneur, à la condition toutefois qu'ils se reconnaîtraient ses vassaux, et pour qu'un jour ils ne fussent tentés de se déclarer indépendants, il fit raser le château de Capola, leur principale forteresse.

 

Photo du maquis corse

 

 

MORT DE GIUDICE

Giudice mourut, d'après l'historien Jacobi, en l'année 1331 ; et d'après Giovanni della Grossa, en l'année 1312, c'est à dire, 67 ans après son arrivée en Corse et 93 ans depuis sa naissance. Dans le chapitre 1 du Cinquième Monde, on apprend que c’est son propre fils, Sarnèse, qui a mené l’embuscade conduisant à sa capture et le fit condamner aux prisons génoises pour cause d'ingérance dans les affaires de l'état Corse.

C’est une réalité historique qui sera développé dans les prochains tomes…je ne vous en dis pas plus !

 

PORTRAIT DE SARNESE, le fils de Giudice

 

 

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