Célia


Jeux de mots


J’ai écrit tant de poèmes, trop peut être,
A broyer du soir,
Le cœur qui s’émèche, tout noir
Aussi sombre que les profondeurs de mon être
Toutes ces lettres se sont envolées,
De l’écran il ne reste plus rien.
A peine quelques petites choses fragiles
Par hasard conservées
Et tout le reste ?
J’ai la pensée volubile
Les soirs toute seule
16 ans, 25 ans, c’est du pareil au même
La même « Moi » qui se dédouble,
Grandit, se trouble
Dans l’eau sale des jours
Toutes ces lettres adressées au vent
Ont disparu Dieu seul sait où
Et c’est tant mieux
Qu’il ne reste aucune trace
De ces après midi malheureux
Où l’espoir s’efface
Ne vénérez pas les grands poètes,
Les grands écrivains ont peur de tout
Ce sont les pires exégètes
Et les plus fous, alors
Pourquoi ce culte morbide
De l’absent, du putride
Faiseur de mots ?
Fascination absurde, incompréhensible
Pour des torturés du cerveau.
Nés sur le papier,
Mort pour lui
Endormis devant le clavier
Pour écrire,
Transmettre comme un venin terrible
Les rimes de la souffrance.
J’ai tout perdu et c’est tant mieux
Qu’il ne reste aucune trace
De ces mauvais jeu
De maux.
Qu’il ne reste rien de mes peines
Rien de mes poèmes.


Papa


Je connais dans tes yeux
Le feu,
Vœu pieux
De tes 20 ans,
Mais en te regardant
Je vois cette âme triste, une pauvre chose
Une âme qui se décompose
Devenue compost
Où es-tu parti ?
Il y n’y a pas si longtemps tu riais,
Tu chantais,
Où es tu parti ?
Toi qui savais aimer,
Toi qui savais lire
Dans le marc de leurs yeux
Où es-tu allé ?
De ce regard vivant il ne reste
Qu’une cendre,
Un roman
Fiction, tourment
Mais parfois une étincelle
Fait rejaillir l’amant,
Le père, l’aimant,
L’enfant,
Il suffit d’une étincelle,
Oui, pour que tout soit mieux qu’avant,
Juste une étincelle
Pour retrouver dans tes yeux
Le feu de tes 20 ans.


Toi


Et finalement, on ne compose pas avec la vie
On subit
Ni son visage, sa peau, ses dents,
On ne choisit
Ni sa ville de naissance
Ni son essence
On ne choisit
Pas même sa mort
Mais quel réconfort
De savoir qu’au milieu de tout ça
Il y a toi.
Sans avoir eu le choix
Non plus, tout est écrit
A l’encre de nos vies
Tout est dit
Demain, Ici,
Il y aura toi
Sous notre toit
Il y aura toi.
Dans la tempête, la nuit, le froid
Tu seras là,
Si près,
Si toi.


Lukasz


Lukasz, Luciole attentive
Aux petites voies
Aux petites voix
Intérieures,
Qui brille, qui pleure
Usant de mille ruses pour parvenir au bonheur
Une vie d'enchanteur
Sans son enchanteuse
Une vie sans erreur
Juste pour le plaisir
De se promener
Sur cette terre,
Oubliant le labeur
L'ambition, la carrière
Oubliant la peur
Mais toujours une petite peur
Nous avons toujours une peur
Tapie dans notre bonheur
Nul être humain ne serait humain
S'il ne faisait d'erreur
Et toi, le matin, quand le soleil lève
A quoi est-ce que tu penses,
A quoi est-ce que tu rêves
Aujourd'hui si différent d'hier?
On est toujours ce que l'on nait,
Pas plus différent, moins amer
Avec ce goût,
Le goût d'hier
Et les nouvelles saveurs de la terre
Goûter, prendre et restituer
Ce qui jamais ne nous a appartenu
Tout nu
Nous arrivons,
Et nus nous repartons

Qui explore la terre
La trouve si petite
Aussi ronde qu'une bille
Et revient à son point de départ
Plus riche, moins avare
Et que nu il reparte,
Ou vêtu qu'il s'enfuie

Il sera toujours et invariablement
Comme une luciole dans la nuit.


Confettis


Tout ce que nous construisons
Ces confettis jetés au hasard des chemins
Un réveillon d’été sur une barque,
Enfin,
Le repos du guerrier, le sommeil du spartiate
Apaisés,
Tout ce que nous rêvons
Ces masques apprivoisés
Qui tombent un à un
Juste pour nous dévoiler
Enfin,
Tout ce que nous disons
Ces mots forment une entité
Un monde à part, de douceur
Pour l’amour il y a tant de déclinaisons
Je tu il nous vous on
Et nous nous aimons
Alors tout ce que nous bâtissons
Est une folie au regard des sages
Les sages ne sont que de passage
Savent-il vraiment ce qui est bon
Pour nous ?
Comme des fourmis agiles
Pour qui demain n’existe
Que dans la terreau d’un jardin.
Enfin,
Soyons fous.


Rencontres


Ils sont des grains de sable
Dans la mer de nos jours
Ils sont des regards,
Des ébauches de visages
Dont on se souvient à peine
Mais toujours
Le message reste
Indélébile
Si pur et si utile
Pour continuer le chemin
Nous sommes tous la coincidence d’un autre
Sa chance
De rester en vie
Ils sont l’écume de Dieu
Collée à notre âme
Nous guérissant des petits drames
Et des grandes mélancolies
Ces gens que l’on croise
Que l’on toise
Nous rappellent sans cesse qui nous sommes
New York, New Dehli, Rome
Identiques,
Tellements identiques
Aux Pennes Mirabeau ou à l’autre bout du monde
Comme une onde
Qui se répercute
Un battement d’aile change la face du monde
Un verbe a crée l’univers
Un sourire,
Une parole nous permet d’avancer
Une bienveillance gratuite
Par hasard
Le hasard calculé
De chaque rencontre,
Alors tournent les heures
A la montre
Du Créateur.


Une nuit


Rien qu’une nuit dans les bras du temps
Bercés par les rayons du vent
Un soleil à nous deux
Réchauffant la terre
Elixir de mer
A l’abri du mal
Tout ce qui fait mal
Les mots, les gestes, les regards
A l’abri
Au creux d’un hamac
Etourdi par le ressac
N’as-tu pas rêvé
Ces paradis qui nous languissent
Murmurant nos noms
Comme on couve un enfant
Une île
Un volcan de chaleur
La paix dans les cœurs
Rien qu’une nuit
Rien qu’une nuit.


Maman


Combien de fois je t’ai fait mal,
Combien de fois je t’ai volé
Combien de fois je t’ai ignoré
Combien de fois j’étais cruelle
Combien de fois je t’ai menti
Combien de fois je t’ai oubliée
Combien de fois j’étais odieuse
Combien de fois j’étais mauvaise
Combien de fois je t’ai déçue

Autant de fois que tu m’as aimée
Autant de fois que tu m’as donné
Autant de fois que tu m’as écoutée
Autant de fois que tu as été tendre
Autant de fois que tu m’as dit la vérité
Autant de fois que tu as pensé à moi
Autant de fois que tu as été douce
Autant de fois que tu as été bonne
Autant de fois que tu m’as rendue fière


Je ne trouve pas


Il fait noir, aussi noir que l’univers peut être obscurci par l’âme des hommes
Pétris de bonnes intention
Qui cherche trouve, dit-on,
Mais moi je ne trouve pas
Ni hier, ni aujourd’hui
Je n’y vois pas
Métabolisme lent,
Transformation
Mutation
Mais je ne trouve pas
La clé de la raison

Papillon des étoiles
Qui s’abreuve du jour
Je nage en plein délire
En plein des lire
Des voir
Et des pleurer
Après avoir lu tous ces livres
Et noirci ces cahiers
Je ne peux comprendre ce sens
Qui me fait tourner en rond
Le sixième
Celui qui m’hypnothise
Me paralyse
Métabolisme lent,
Transformation
Mutation
Mais je ne trouve pas
La clé de la maison.

En cette saison
Où tant de peau s’échinent
A se montrer
Pour séduire, aimer, et tout le reste
Qu’est-ce que tout le reste
Comparé à l’obscurité de l’ignorance
Qu’ils retournent leur veste
Et brûlent les torchons


Enfer


J’ai vu les catacombes dans leurs sourires ingrats
J’ai senti leurs ardeurs, la folie des ébats
Dans une main tendue qui vaut mille serpents
Dans un discours construits qui met à feu à sang
Mon cœur

J’ai pleuré tout le temps les yeux plein de misères
Dans ce décor si gris, les flammes de l’enfer
M’ont grignoté la peau à me tordre par terre
M’ont mangé doucement ce qui me reste
D’espoir.

J’ai détesté leur joie qui déborde d’orgueil
L’orgueil n’est qu’une plaie qui saigne avant la mort
Marcher comme un robot à l’ombre de moi-même
J’ai voulu la gagner, on ne fait que payer
Sa liberté

Tant le mensonge est laid, tant les clés nous font peur
Quand les verrous nous cèdent pour voir la vérité
On m’a poussé la porte, j’ai voulu regarder
Et tout ce que je vois, en vérité
C’est l’Enfer.