
Juste après la mort du Christ, les palestiniens sont torturés, massacrés, lynchés, les plus chanceux se verront jetés dans une barque sans rame, sans voile et sans vivre lestés en méditerranée. Ces disciples essuieront une tempête et accosteront sur la plage de Sainte Croix baptisé alors Terre Sainte. A bord de cette barque sont présent Marie Jacobée, Marie Salomé, Sahra la servante, Lazare, Marthe, Marie Magdeleine. Ils partiront ensuite avec l’idée d’évangéliser la Provence et accosteront aux Saintes Maries de la mer. . Le pèlerinage de Sainte Croix était très réputé. Trois confréries de Martigues venaient pied nues faire pénitence le 3 mai ainsi que le 14 septembre, fête qui correspondent à l’invention et à l’exaltation de la Croix. De leur passage, Il reste aujourd’hui les vestiges d’une chapelle du 12 ème siècle, édifiée sur l’emplacement où jadis Saint Lazare planta une Croix.
Le temps de faire un miracle
Le soleil vient de se cacher, rouge de confusion, derrière l'horizon, en apercevant la lune blême et froide, qui déjà, a pris place dans ce crépuscule de l'an 42.
Blotti dans un creux rocher, un jeune berger n'a rien vu de la scène, pas plus qu'il n'entend les voix de la petite troupe qui vient de débarquer, au pied du promontoire, et s'avancent, vers lui, pieds nus.
Marie Jacobé et Marie Salomé, sœurs de la vierge Marie et mères d'apôtres, Marie Magdeleine, Marthe, Sara leur servante, Lazare et Maximin, se regardent étonnés devant l'indifférence du garçonnet. Alors, l'une des saintes lui adresse la parole pour savoir si un point d'eau se trouve dans les parages. Le berger, sourd-muet, entend et comprend les paroles qui lui sont adressées ; sans hésiter il tourne la tête et dirige son regard, qui s'éclaire pour la première fois vers un figuier tout proche.
Il précéde, en courant, la petite troupe, et plonge ses mains dans la source claire qui chante sur les cailloux, au pied de l'arbre dont les racines assoiffées l'avaient jusqu'alors emprisonnée sous terre ; Tous en font de même, et les saintes Maries laissent l'empreinte de leurs doigts sur le rocher qui leur sert de siège. Elles sont fatiguées, au terme de cette aventure qui a amené leur embarcation, naviguant à vue en suivant la côte, et ne débarquant qu'à la nuit tombée, dans un endroit propice que pour prendre un peu de repos et se ravitailler.
Fuyant la persécution qui sévit la Palestine, elles arrivent sur notre rivage où deux stations s'offrent à elles : Incarrus ou Incarro (Carry), et Dilis ( La Couronne Vieille) ; Finalement, l'anse de Sainte Croix leur paraît plus proche et plus acceuillante.
Voilà que maintenant arrivent les parents du jeune berger, inquiets de trouver ces étrangers, aux vêtements et manières inconnus, entourant leur enfant. Ils ne réalisent pas immédiatement que celui ci a retrouvé ses sens. La peur les envahit lorsqu'ils s'en aperçoivent et la terreur les saisit lorsqu'ils voient l'eau couler au pied du figuier.
Ils promettent de revenir le lendemain matin et rattrapent à grandes enjambées, l'angoisse au ventre, le petit troupeau de mouton qui, déjà, a pris le chemin du bercail.
A l'aube, pourtant, ils sont là tous les trois,les parents et l'enfant ; ils trouvent les saintes et leurs compagnons prêts à embarquer pour le plat pays de Camargue, dernière étape de leur longue aventure.
Un feu de bois se meurt doucement sous les cendres, consumant les déchets de poissons grillés, une demi de pain azyme, emportée de Judée, se ramolie un peu à la rosée du matin.
Les parents et l'enfant ne s'étonnent plus de comprendre les paroles que leur adressent ces étrangers, témoins du Christ, qui ont reçu la force de l'esprit Saint le jour de la pentecôte. Lazare prend de l'eau, à la source, au creux de ses mains et la verse sur la tête de ces trois premiers baptisés de la Gaulle, qui instinctivement s'agenouillent au pied de la croix qui va rester sur cette terre. Remontés à bord de la barque, les premiers disciples du Christ lèvent l'ancre, tandis que les voiles, gonflées par le vent d'Est, les emportent vers le large du Cap Couronne.
Les saintes proscrits se séparent bientôt, après avoir construit et dédié à la mère de Dieu un modeste oratoire, qui fût probablement le premier temple Chrétien élevé sur la terre de Gaules. Sainte Marthe va évangéliser la région de Tarascon et d’Avignon, Lazare, Marie Magdeleine, Maximin et Sidoine prennent la route de Marseille par voie de mer, car selon une antique tradition, ils firent escales à l’est du cap Couronne, à un endroit nommé Sainte Terre, où se trouve une vénérable chapelle dédiée à la sainte Croix.Pour commémorer cette halte, qui se situe au racines de notre foi, une chapelle a été construite au XIIème siècle ; lourde, trapue, voûtée, les contreforts enfouis au trois quart dans le sable, elle est aujourd’hui en ruine.
A quelques cinquante mètres, une autre chapelle s’élève sur le promontoire rocheux de style roman, elle est bien connue des marins et saluée par eux du nom de Sainte-Terre, « Santo Terro ». Elle est déjà signalée dans des actes de 1636. Deux pèlerinages, important durant plusieurs siècles amènent le 3 mai (souvenir de la découverte de la croix du Christ), et le 14 septembre (exaltation de la Sainte-Croix), les pêcheurs, paysans, bergers et carriers du terroir, à la Sainte-Terre.
« A Sainte-Terre nous sommes allés,Le 3 mai, c’était le grand jour à la sainte-terre, celui du « Roumavage », du pèlerinage.
Des fèves fraîches nous avons mangé,
Du saucisson, du bon jambon,
A la barbe du vieux Cambon »
(ritournelle du pèlerinage)Quelque temps qu’il fasse, pluie, largade, ou Mistral, les pèlerins de Martigues se mettaient en route, dés sept heures du matin : les pénitents bleus de ferrières, les blancs de Jonquière et de l’île, et pour clore la procession, le prêtre en cape rouge : bleu blanc rouge, l’oriflamme vivant s’avançait lentement au rythme du « Vexilla Régis « . Ce chant printanier qui évoquait la reconnaissance pascale mettait la ville en émoi jusqu’à la passe, prés de la gare, là le cortège prenait fin et ses pèlerins qui ne faisaient partie d’aucune confrérie avaient le choix entre la grand’ route, bien aplanie mais couverte d’une poussière aveuglante, soulevée par le piétinement de la foule soit les raccourcis caillouteux. Les pénitents, eux suivaient pas à pas, les souffrances du porte-christ sur le chemin des vœux qui reliait la cité martégale au village de la Couronne.
Le souffre douleur avait été désigné par tirage au sort parmi les pêcheurs qui en avaient fait la promesse lorsqu’à l’époque de l’équinoxe du printemps, ils s'étaient trouvés en perdition sur les côtes rocheuses. De temps en temps, à des endroits habituels, le porteur affaibli faisait une petite halte et reprenait haleine. En entendant le chant de la procession qui s’avançait sur la route, de toutes les Bastides, sur tous les chemins et les sentiers, de la verdure des champs de blé en herbe, apparaissaient en habit blanc et capuchons au vent, de nouveaux pénitents, ceux du vallon, affiliés à la confrérie de Jonquière. C’étaient les derniers pénitents du terroir depuis qu’il n’y en avait plus à Saint julien, ni à Saint Pierre, pas plus qu’à la Couronne. Au fil des ans on pouvait apercevoir aussi, en bordure de leurs champs, quelques paysans appuyés sur leur fourche plantée en terre, bien décidés à protéger leur terre que les pèlerins, dans le cortège débraillé qui suivait les pénitents, n’hésitaient pas à piétiner pour raccourcir leur chemin, évitant ainsi un des nombreux lacet de la route. Arrivés les premiers, les pénitents de l’île entendaient la messe dans la chapelle. Ceux de ferrières, en attendant leur tour, mangeaient un morceau à la Bégude. C’étaient une sorte de guinguette, au bord de la route, où les bergers abreuvaient leurs troupeaux, un petit relais champêtre. L’abbé Griaut, qui allait dire la messe, et qui se devait de rester a jeun, n’appréciait pas ces agapes matinales qui pourtant n’avaient jamais aussi bien mérité ce qualificatif, puisque ce mot signifiait dans les premiers temps du christianisme le repas pris en commun par les fidèles. Et l’abbé écrirait le lendemain dans le livre de raison de la paroisse : « nos bons frères déjeunent à la barbe de leur curé ». Il oubliait de préciser que les « bons frères » avaient fait l’excursion à pied depuis Martigues alors que lui, Monsieur Griaut, était arrivé à Sainte Croix assis douillettement dans une voiture loué par la confrérie. Il lui était difficile de faire sien le couplet de la chansonnette qui disait :
« A Sainte-Croix nous irons
des souliers neufs nous porterons
De Sainte–terre nous sommes venus
De vieux souliers nous avons rapportés ».
le 3 mai et le 14 septembre, fête de l’invention et de l’exaltation de la Croix. Les trois confréries des pénitents de Martigues y venaient en dévotion, à pied et pieds nus, malgré les deux lieues de « marrit camin », mauvais chemin. Toutefois à côté de l’acte religieux, on prenait le temps de pique niquer en famille et l’on redisait en guise de comptine :Un curé de ferrières écrivit dans le livre de raison de la paroisse en parlant des pénitents. Ils ne pensent qu’à manger (et à boire) Mais peuchère, le bon dieu dans sa miséricorde leur a depuis longtemps pardonné.
Les sources mystérieuses.
La fontaine Saint Jean
Cette source est maintenant souterraine. Elle se situait dans l’anse du Verdon et jaillissait à 27.5°C. Elle était d’autant plus réputée qu’elle soignait les maladies de Peau. Le seul inconvénient provenait du fait qu’elle exaltait une odeur nauséabonde de souffre.
La Saulce
La Saulce proviendrait du provençale sau (prononcé saou) qui désigne le sel. La source d’eau salée qui coule a donné le nom à ce lieu, très connue des anciens bergers car leurs moutons refusaient de s’y abreuver. C’est également en ce lieu que l’on a découvert des vestiges romains, des machines hydrauliques, ainsi que des poteries. Et plus tardivement, c’est là que la duchesse du Berry débarque en 1832, ayant en tête l’audacieux projet de soulever Marseille contre Louis Philippe et de faire proclamer son fils, le Comte de Chambord, roi de France. Cela ne suscitera aucun trouble chez nos compatriotes.