Célia


Notre Jardin


Notre jardin est un morceau de vert
Quand le soleil effleure sa terre,
La lumière
Dépose sur ces éphémères
Des pluies de couleurs, des torrents,
Feuilles, branches, fleurs,
Des pluies d’étoiles filantes,
Des papillons, des escargots,
Des rayons de lune et des crapeaux
Nuits de rosée,
Qui donnent l’eau à la mouche,
L’abeille, le bourdon,
Petits bruits, tant de sons
Et son cœur qui bat à l’unisson,

Notre jardin est un trésor
De quarante et un bonheurs
Mille et une vies
Et sous chaque arbre une histoire
Qui porte sur son écorce
La douceur du soir
Douce odeur du soir
En plein été

Notre jardin sent bon,
Quel plaisir d’y tourner en rond,
Comme nos poissons rouges,
Bocal de mes rêves,

Notre jardin est une trêve
Dans la tourmente du jour,
Entre embouteillages et tambours,
Ville étouffante, oppressante, douleur de l’âme

Notre jardin guérit mon cœur,
C’est un cadeau, au baume aux peurs.


Jérémy


Petit garçon qui marche sur le sable
Qui court au bord de l’eau
Qui pourrait être toi
Bien des années plus tôt
Son regard est clair
Son regard éclaire
Eclair d’innocence dans ce monde brutal,
Pas normal,
Jérémy,
Un prénom de prophète
Un prénom de pro-fête
Sorte d’oiseau de nuit
Un oiseau très rare,
Presque impossible,
Un oiseau de paradis.


Une alchimie.


Une pluie est tombée sur Tahiti,
Et dès mon retour plus rien n’était pareil
Il y a eu « avant », il y a eu « après »
Après que je t’ai abandonné
Comme un fils maudit,
Comment pouvais-je savoir ?
J’ai été tant absente, tu étais tant pressé
De grandir, voir, évoluer,
Dans ce monde frivole
Pressé d’y avoir un rôle,
D’y jouer
Comme on joue avec le feu
Ne te brûle pas ! Trop tard,
Déjà la main approche de la flamme,
Et moi, si sourde à tes larmes,
Je n’ai rien vu, rien su, rien lu
De ta douleur
Rien entendu.
Et quand je suis rentrée
Jérémy, tu m’en voulais,
L’oiseau de nuit s’est envolé
Il a goûté à la pomme
Pour pouvoir se transformer
Pour devenir un homme
Effacer ses blessures,
Peut-on effacer ses blessures ?


Apocalypse.


Versant abrupte, l’autre côté
Est le rêve que j’ai fait
De ce monde où il n’y a plus de place.
Sourds et aveugles, bavards
Les gens se mélangent dans le noir
Chacun voulant faire carrière
Chacun creusant son propre enfer
Sa tombe dans cette terre meuble
Aussi trouée qu’un gruyère
Terre-mère, tour fantôme, immeuble
A milliards d’étages
Ces figurines évoluent, la rage
Au ventre,
Ils sentent
Que l’heure approche
Leurs excès innondent le monde
Leurs pollution sonore
Leurs vies inodores
Ont le goût de l’incertitude
Toutes ces générations à venir
Contemplent le globe, ce martyr
En alerte.
Quitter la planète.
Bientôt une nouvelle ère,
Certes,
Mais aujourd’hui comment continuer ?
Le combat semble inégal
Face aux forces du mal
Qui rongent les océans
Les arbres, les torrents
Et tous les émisphères
Comment continuer ?
Et croire que tout ira mieux bientôt
Quand nos vies s’effritent à l’envers des mots
Que nous jetons ça et là
Ultime sursaut
Pacte écologique
Sauvons planètes
Et autres balivernes,
Car il est trop tard, mes frères
Trop tard pour effacer les cernes
De milliers d’années de fêtes
La planète
Se réveille avec la gueule de bois
Matin chaotique
D’une overdose d’absynthe
L’inconscience des bienheureux
Est sur le point de prendre fin
Oui, c’est le matin
Le matin du monde, à l’aube de la guerre
Comme un souffle tranquille la nature complote
Le temps enfin venu de payer nos fautes.
Versant abrupte, l’autre côté
Et le rêve que j’ai fait
De visages se débattant dans la tempête
Dans la fureur de Dieu
Dans les vagues et le feu.


Princeton


Chambre d’hôtel, encore une.
Pour donner du sens à ma solitude,
Et la douleur dans mon dos
Je parsème l’écran de mots.
J’ai grandi pour être une femme
Tu verras demain ça ira mieux
Mais demain ne va jamais mieux
Demain est toujours un jour de plus
De pleurs, de maux,
Demain est toujours un jour de trop.


Des miettes.


Sans lumière mon corps s’assèche
Comme un fruit sans eau
Sang, os
Voilà ce que nous sommes
Pauvres bêtes de somme
Trimant chaque jour pour gagner notre pain
Chaque matin
Usant nos demain
Et nos deux mains
A grapiller chaque centime.
Ivre d’infimes récompenses
Quand on y pense
Cette vie s’esclave qui nous anime
Quand on y panse
Les esprits meurtris,
Les âmes mal aimées
Sparadraps de l’esprit
Les mots apaisent
Qui dort, qui baise,
Et oublie
Qu’il vit sur des braises
Au bord du gouffre,
Une falaise
De printemps qui passent
Ouvrez le Sas !
Laissez moi sortir
Laissez moi voir la lumière,
Car sans lumière mon corps s’assèche
Comme un fruit sans eau.
Sang, os,
Voilà ce que nous sommes
Des miettes,
Des hommes.


Voyage


Je perçois l’utilité de naître
De n’être qu’une passade
Et de disparaître
Je sais pourquoi nous marchons
Pourquoi nous avançons
Et distillons les affres de la liberté
Souffrance aigüe,
Incontenable
Incontinente
Je transpire par les pores du clavier
Ces geste désabusés
A quoi bon ?
A quoi bon ?
Je vois ces visages pressés
Malettes, toilettes, bien habillés
Bien dressés
Chien de garde du système
Le système qui nous « haine »
Le moule hélas n’est pas cassé
Il continue de fabriquer ses clones
Drôles de pantins désarticulés
Qui me chantent les louanges du pouvoir
Et me raisonne
Et tous les soirs
Je prie pour lui échapper
A ses doigts crochus de Dieu faucon
Dieu aigri qui m’oblige à tourner en rond
Malgré moi l’appel du voyage
Fuite en avant
Fuite en dedans
Par l’imagination
A quoi bon ?
A quoi bon ?
Alors parler pour mentir
Dire que ce que je suis prête à faire
Pour grimper dans cette hiérarchie
Inutile
Donner le change
Tuer l’ange
Faire parler le démon
Je veux, je veux ,je veux,
Mais ce que je veux n’est que du vent
Objets, argent et possession
Ils me taraudent de « nous voulons »
Et je réponds que moi aussi
Alors qu’au fond
Je me dis A quoi bon ?
A quoi bon ?


A quoi tu penses ?


Si loin dans tes pensées tu parais si distant,
Tes yeux imperméables à mes rayons X
Tu es quelque part dans le vide béant
Quelque part mais où ? Tu fixes
Dieu sait quelle plante
Dieu sait quel bout de ciel
Et aime le silence
A quoi tu penses ?
J’essaie de te comprendre, et je ne comprends rien
J’essaie de te toucher mais ton esprit est ailleurs
J’essaie de t’embrasser mais non, ce n’est pas l’heure
Tu travailles.
Tu ne veux rien.
Mais dis moi, quand tu es comme ça,
Qui tu es ? Où tu vas ?
Tu m’exclus de ton monde qui tourne à ton endroit
Et à l’envers de moi
Je voudrais bien savoir,
Où glisse ton regard
Dans ces moments là où plus rien n’a de sens
Pour moi en tout cas
Qui te lance
Dis moi, A quoi tu penses ?