Poêmes

Se délivrer des peurs et haïr la morale…
Courir comme un vieillard après le temps perdu.

Et dans les draps froissés l’odeur coupable s’exhale
Comme un parfum de remords glissé au creux des reins
Pour une aurore intime qui se meurt dans un râle
La raison consumée s’effraie au lendemain…

Sont elles si dérisoires ces douleurs d’inconscience,
Ces douleurs d’amertume qui s’éveillent au matin ?
Quand la vertu s’endort dans un lit d’innocence
C’est le doute qui baille, la honte au bout des seins.

Mais déjà se rhabille le corps à moitié fou,
Que laissera sur l’aube l’empreinte de l’erreur ?
Craignant avec angoisse le prochain rendez vous
Le cœur cesse d’aimer pour celui qui a peur…


Etreinte

Etre là, près d’un corps, et sentir son parfum
Illuminer la peau et rayonner sans cesse
Sans jamais ressentir l’absent ou le défunt,
Le manque et la douleur s’évaporent aux caresses.

Eclairés ces silences sont des mots qui se touchent
Des lèvres qui s’effleurent, des regards qui s’apprennent
Un délice de mains qui deviennent des bouches
Oubliées dans l’étreinte d’une nuit incertaine

Artiste de talent l’amour est un sculpteur
Qui travaille dans l’ombre comme un mauvais acteur
Le marbre de nos corps enlacés et humides
Dont la chaleur exhale le froid manteau de vide.


Désir

Ses peurs sous les caresses se disloquent
Effrayant l’arlequin du destin agite ses grelots
Pareille à ce mélange de plaisir et de mots
Murmurés sous l’étreinte du désir qui se moque.
Redouter que la main s’arrête, que l’envie retombe
Comme une feuille morte, sur le sol humide de son corps
L’ivresse de la servitude, s’offrir en cadeau mort
Absente, oubliée, se livrant sans détour dans l’ombre.


Glaçons

Elle roule sur le clavier
La goutte d’eau comme un glaçon
Mais chaude et si chaude qu’elle se dissout
Dans les souvenirs du passé.
Les garçons maladroits…Qu’ezst ce qu’ils étaient cons !
Et puis les doutes sur mon corps
Qui me disait? « tu es belle »
Je me souviens de ces glaçons,
Qui ne m’aimaient jamais.
Et je passais le long des couloirs
En attendant mon tour
Je croyais que je n’étais pas belle
Mais je continuais de croire à l’amour
Qui m’obsédait du matin au soir.
Maintenant elle roule sur mes joues blanches
La goutte d’eau pour ces garçons
Qui ne m’aimaient pas
Car ici il fait toujours froid, même si je suis celle
Qui longe la rue Saporta sous les regards
Appuyés sur moi.
Je voulais qu’ils me regardent et ils ne me voyais pas
Et aujourd’hui je me cache
Comme une petite fille
J’ai fait fondre les glaçons
Mais j’ai toujours très froid
Quand la lumière brille
Au bout de la rue les gouttes d’eau tombaient
Ce matin avec mon parapluie je voulais
Qu’elle brille pour moi
Mais en rentrant en cours
Le néon disait « il pleut toujours dedans »
J’ai réveillé la fille que les garçons ne regardaient pas
Et c’est moi
Et aujourd’hui quand la goutte d’eau mouille le revers de mes manches
Je crois qu’elle se dit tout bas :
« c’est l’heure de la revanche »


Pour le pire

Pour le meilleur et pour le pire
On chiffone nos histoires d’amour
Figée comme des poupée de cire
Dans les promesses du « toujours »

Pour des morceaux d’océan engloutis
Je cesse de suivre la vague qui m’emporte au dehors
Parce qu’elle est pleine de chrore
Et de rires aliénés par la nostalgie

Les couleurs discordent ici,
Je ne regarde pas
En huis clos la tentation s’endort et la haine renaît
Qui se soucie de moi ?
La caverne aux milles merveilles a tout repris
Tout ce qu’elle avait donné.
Et je ne réagis pas.

Et maintenant , ramper comme un rat vers l’avenir
Parce que l’avenir n’est pas écrit
Et que nos poignets sont déjà fatigués
Et qu’ils n’ont plus envie


Insomnie

Il peut faire du soleil sur mon visage
Et des cernes sous mes yeux
Sans croyances, ni crainte, ni dieu
Je tourne la page
Les nuits d’insomnie m’ont donné le goût
Du sommeil léger
Et les heures dévorées
Par la nuit qui s’achève. Je suis debout.
J’ai toujours été réveillée
Par les petits bruits de la maison
Les fantômes des escaliers
Les claxons.
Et là il fait beau sur mes cheveux
Un rayon de lumière passe
Café, mandarines…Je suis toulours éveillée
Toujours.
Le double expresso, café long ou court
Mais sans rien je tombe
Sans lui, sans amour
Cette ombre
Que je cherche le long des murs
Et avec qui enfin je n’entendrai plus les murmures
Du grenier.


Inhibition

Le matin les regards se perdent dans la rue
Les chevelures ondulent dans le vent de huit heures
Comme des femmes obscènes sur un lit de souillure
Qui se caressent encore et encore et jouissent dans la douleur

Ils portent tous leurs sacs comme une croix trop lourde
Et le mien me fait mal mais je serre les lèvres
Car des voitures sales ou de la rue trop sourde
Je ne veux plus redire mes migraines et ma fièvre

Un étudiant pressé contemple les vitrines
Observant en silence les photos de voyages
Et la fille au gros seins, qui fume, sa copine,
Qui de son air lubrique fait mine d’être sage.

Et le vieillard flétri qui pense sur sa canne
Et que l’on croyait mort derrière son vieux masque
A vu rouiller ses rêves, s’éterniser la panne
Quand ses pulsions ratées condamnent le fantasque.

Du sexe dans les rues, mais des sexes invisibles
Comme si nous n’étions plus que des corps sans désirs
Qui n’osent regarder la nudité possible
Des âmes des passants occupés à souffrir.


La femme sonore

La qualité d’aimer. La femme sonore
Qui prononce le rêve par la bouche
« je » dit quelque chose, encore
« t’aime » comme un refrain
c’est idiot la maladie
qui ronge le cœur à la souche
donner ses mains
les offrir, les guider
embrasser dans le bruit
des salives mêlées.
La profusion d’envie…
Je dis : « la qualité d’aimer »…
Le vice est de la pierre
Et moi ? dans tout ça ?
Décentrée, déphasée, amoureuse
Amoureuse d’un « toi »,
Et de toutes les manières
La femme visuelle et silencieuse.


Bâtiment

Détruire. La romance s’achève et la terre s’effrite
Le monde recommence, quelqu’un écrit.
On casse l’autre histoire, souvenirs de limite
Qui s’étend dans la tête et je languis.
C’est de la peinture écaillée, quelqu’un gratte dessus
Du vernis rapaillé, la nouvelle vertu
S’éveille.
Construire. Entamer un nouveau roman
En lire plusieurs à la fois, histoire de violence
Le trouble noyé par l’ongle qui gratte
La tête qui pense
La langue qui ment.
Reconstruire. Sur les ruines des pages déchirées
Je me hisse, le corps fatigué
Et la tête aussi, la nouveauté
Fait mal à la tête.


Lingerie

Je veux de la lumière, des copeaux de soleil
Qui tombent dans mon lit, du soir à mon réveil.
Je veux l’obscurité et la peau qui frémit
Sous la caresse intime du draps
Je veux les éléments dans ma main, une nuit
Dormir enfin. Avec toi.
Et le temps en sommeil endort mes cauchemars
La main de Lucifer m’étouffe chaque soir
Revenons à la pluie, décembre à volonté
En avoir marre
Exulter
L’asphyxie du plafond qui me regarde
De ses grands yeux blancs poussiéreux
Et moi qui veux
L’orthodoxie,
Religion universelle, le bleu.
Ces poèmes sur la mer, la vie éternelle
Je suis sirène, me fait sécher sur la roche
Comme un linge blanc sur un étendoir
Toute une ribambelle
De rires brillants que tu accroches
Dans le noir.


Gommage

Ce après quoi nous courrons :
Des visages réguliers,
Et les corps que nous admirons
La tendance au parfait
Qui existe.
Exiger le meilleur de la transe
Rythm and blues sans fin
Corps et esprit, sans dissidence
Derrière le sourire du malin
Qui nous piste.
J’ai essayé les régimes
Les yoyos, les excès
Les folies du corps de poupée
Les permanentes et les broshing
Sans doute
Les chairs humides, les peaux bronzées
Le teint esclave de la beauté
Si courte…
Si courte…


Esthétiques

Et toujours ce repli amoureux qui chuchote
Mais ne pas me quitter pour une erreur du corps
Je préfère être lasse, je préfère être morte
Quand la laideur qui rampe écrase les rebords
A quel prix, perfection ! la femme indélébile
Dont la trace en nos chairs signale le mépris
Imperfections hideuses, maquillage qui file
Quand la beauté s’en va, préférer la non vie…
Une heure…encore une heure…de chanson effrénée
Le refrain des parcelles que labours le sucre
Dans les veines assoiffée le sang grossit l’été
La honte de la peau a trouvé sépulture
Et au delà des mots elle s’infiltre sans bruit
Dans les tempes et les seins, récupérant son dû
Je regarde mon corps, en me disant de lui
Petits seins, hanches larges, yeux étroits et gros cul….


Boulimie

Boulette, creux glacé, vase éteint
La pirouette lasse
La peur va passer, encore et demain
Report des horloges qui cassent
Sous le poids de Dieu.

Et j’ai trop mangé
Mais c’est mieux ainsi.
C’est mieux.


Spasmes

Le jeu en vaut-il la peine ?
Et les efforts, et les renoncements
Qui accompagnent cette course
Ce pénible essoufflement
Qui crache au bord sa haine
Le refrain du « pourquoi ? », l’argument : « inutile »
Ce vieux relent d’orgueil
Qui vient vomir sa bile.
J’ai tout essayé : le mépris , l’intérêt
L’acharnement, l’oubli
Et au fond, si rien de tout cela n’existe
Ou est l’importance ? je renie
Le mal et le bien sur cette longue liste
De projets qui n’aboutiront pas
Le réel…immense marmite qui fume
Sans couvercle… je ne suis pas là
Et pour chercher l’étincelle de foi
Il faut dire : « avance, allume »
Empêcher le débordement, cette fumerolle d’angoisse
Qui attend que la lueur décroisse
Et que ces spasmes frénétiques
Aboutissent, détruisent, comme de la poisse
Les derniers sursauts sporadiques


Foolish games

)
Les cordes de la guitare sont tendues
Comme des bouts de seins
Sous la caresse de l’index
Cet instant où à coup de tipex
Le jour s’efface dans mes reins
Cambrés sous un corps nu…
Une musique qui flotte dans ma chambre
Ce bruit aigu et mélancolique
La passé et toute sa clique
De méchants lutins faits de poix et d’ambre
Qui arrachent ma peau à vif
Pour couvrir les sifflements de l’été…
Encore ce hurlement qui veut s’oublier
« You took your coat off stood in the rain »…
vieille musique... paroles et paroles faciles
le piano…ce piano là, indélébile,
NOTHING TO SAY.


Rebord


J’ai reçu des nuits blanches le cauchemar ailé
Cette impression heurtée que le soleil est mort
Et survolant le tempscomme un diable pressé
Immobile et clandestine, la volonté s’épuise
Et tandis que la dernière lueur me regarde, assise
Les forces déclinent et l’espoir s’amenuise
Dans l’époustouflante souffrance du corps.