Ethique
Petite fille
Petite fille n’oublie pas qui tu as été
Et qui tu as aimé,
Pourquoi tu as aimé.
Le plafond te regarde sans dire un mot
Et tu as mal à la tête.
Les yeux mi clos,
Finie la fête.
Que de fleurs fanées dans les vases,
Que de larmes au fond
Mais surtout combien de garçons ?
L’écran te sourit comme un idiot
Et le mur de la chambre aussi
Tip top tip le clavier te poursuit
Vite vite vite sans un mot
Petite fille n’oublie pas que tu as changé
Et qui tu as haï
Pourquoi tu as haï.
C’est la chien près du feu qui te fixe sans dire un mot
Et le silence est long
Allez pipi, au lit, dodo
Comme font aussi les petits garçons
Et combien de femmes as tu été,
Toi qui rêve dans un seul flot
Ta vie de con.
Noyade
J’ai essayé la vie et elle ne me va pas
Comme si rien ici, non, rien n’était pour moi
Les belles histoires d’amour me donnent mal au cœur
Je suis jalouse d’eux, je suis ivre de toi
Et alors pourquoi pas ? j’essaye la rancœur
Et doucement doucement je m’enfonce et me noie
Sous une pluie de sang, je suffoque sans pleurs
Je me suis réveillée au dernier arrêt par hasard
Errant avec mon sac sur le trottoir
Arène
C’est doux et chaud à la fois
Cette ombre pâle qui nous suit pas à pas
Jusqu’à nous, jusqu’à nos peurs
Et qui ne veut pas disparaître derrière la volonté
Puissance éphémère que l’on cherche à tuer
A coup de pleurs.
J’ai cherché, je n’ai pas trouvé.
Pourquoi rien n’est rationnel ?
Même le mot qui sonne mal dans un poème
Scientisme du cœur qui arrache nos ailes
Pour s’entendre dire « je t’aime ».
Alors détruire aussi ses sentiments
Comme une mouche bruyante qui se cogne partout
Et regretter la mort de la bête
Qui rampe encore à genoux
Lentement.
Je voudrais croire que tout est possible
Que les choix sont tous là,
Accessibles,
Mais dans l’ultime bonté de Dieu
L’amour n’est pas un choix, il est un commandement
Et j’y désobéis encore et encore
Pour échapper au glaive du matadore
Qui veut me frapper doucement….
Fertilité
Si c’est par le clavier que j’arrive à mieux dire
(la pensée se fourvoie dans le débit sonore)
Je m’entraine à aimer, je m’entraine à écrire
La danse du sublime, la profusion des corps.
Et aller me coucher comme un chien qui déprime
Mais le soir est fertile et le désir s’anime
Envie d’être touchée et de toucher les mots
M’étendre sur la page ou m’offrir sans sursaut
Mal aux lèvres gercées par le manque d’amour
Je crie dans le silence que la bouche fait mal
La mélodie du sang et le rire du fou
Se moquent violemment de mon jeu théâtral.
Je ne veux pas dormir, la peur vient me chercher
Et seule dans le noir, je doute du « je t’aime »
Quand les angoisses enivrent, je cherche à m’exprimer
Poétiser le diable pour m’en sortir indemne…
Utopie
Balade au clair de lune, le tiroir épuisé
Plus rien ne rentre
Et pas même les envies, les erreurs, les supplices
Que tu m’imposes par ta présence
Une absence,
L’appel du bas ventre
Qui se contracte. Je me suis demandée
Pourquoi tu m’immisces
Dans ma vie, les choses sont ordonnées
Je me réveille, je marche , et toujours je pense à toi.
Et je cherche encore,
Papiers qui volent, routine en éclat
Pas le moindre sens
Ces farines de coco, ces huttes en bois,
Cesenfants qui dansentSur le sable et la réalité, là, maintenant,
Quel supplice !
Tu n’es pas là.
Je force les tiroirs, mais non…rien ne rentre
Tous les vieux préceptes s’éffacent
Tu t’obstines à en effacer les traces…
Et moi…où je vais, moi ? dans ton entre
Il faut bon et beau tous les mois
J’entre ? je rentre ?…message transmis tu ne réponds pas
Et moi je n’ai pas sommeil
Je rêve encore des villages au soleil
De la mer, des coquillages que tu promets
Je me promène le long des côtes
Avec un sourire inquiet
Tu me ranimes, je suis morte
Est ce que j’ai rêvé ?
Transhumance
La journée continue dans les moteurs qui passent
Dans le fracas d’une respiration triste
Travailler…et encore travailler… que la mort nous visite
De ses longues mains crochues, époustouflante et lasse
Vient nous délivrer des heures à réfléchir
Sur la denrée humaine, en abondance
Toute cette bande d’égoïste, et c’est moi aussi
Copulant sur terre, la transhumance
Des êtres sans cerveau, des gens qui oublient
Qui pardonnent. Et dont je fais partie.
Sauf pour sa beauté, le pardon me dégoûte
Ces soirées d’alcool, la drogue délectable
Travailler dans l’heure mais tous les dieux s’en foutent
Et le génome œuvre dans mon cœur malaxable
Etre fait « pour » quelque chose. Etre né « pour » quelqu’un
Comme « par » le vagin de la mère,
La destinée des bannis, être deux, n’être qu’un
Dans le labeur d’aimer, ce long travail agraire
Des cœurs souffrent sans savoir pourquoi
Pas envie de bosser
Mal aux mains, mal aux doigts
Un mouton qui veut rebrousser chemin
Se fait piétiner par le berger.
Fonction
Auteurs malheureux d’histoires qui croupissent
Les monts merveilleux de la poésie
Ses courbes de femme, la vie qui s’enfuit
Et se loge comme dans une pomme, le vers, l’immondice
Et le refrain musical de l’ensemble,
La bouche qui tremble
Le livre à haute voix, sacrilège des yeux
Un poème est visuel, sensuel, rocailleux
Un chemin de croix, la dernière croix
Qui s’élève sur l’écran
Sans tâche, pour que tout se noie
Dans le flot des mots le cri de l’acteur
A moi ! Enfonce ses dents
Comme un pieux dans le cœur
C’est le poème vampire,
Assoiffée du pouvoir de son créateur
Qui écrit ce qu’il ne peut pas dire
Sa douleur
Froid équateur
De la glace au fond des yeux
Et des cœurs qui couinent comme des vieilles portes
Lassitude, refrain pénible, ces nécessiteux
Tendent la main pour m’arracher la peau
Et je suis morte
Déjà pour eux.
Le vide des notes sur du papier
Ce que je suis, la moyenne, un chiffre
Nageuse qui coule sur le dos
Une tête migraineuse qui souffre, avariée
Nourriture malsaine, l’âme ivre
De devoirs mal faits. Je respire mal
Gloutonne de bonheur facile
L’équilibre du fond, mais la haine rivale
S’acharne à découper des lambeaux
Je suis belle, je suis sale,
Recouverte de sueur, et blessée par les mots
La note qui donne du sens à la trilogie de Bibal
Célia, la femme bleue, couleur du faux
Qui téléscripte au futur : ne venez pas,
Ici on s’emmerde
J’envoie des doutes et des signaux
La mort en herbe
Germe dans ce tas
Qu’elle se rationne ou qu’elle s’envole
La vie d’étude est un saltimbanque
Une « green card » passeport de Nikopol
Vers la pyramide du manque…
Rancœur
Eclectique, la pluie qui tombe au fond du cœur
Cet aura du souvenir
De l’amour effréné qui chute, brutalement
Sans cri, et sans douleur
Sur le coup, comme un vampire
Qui agonise au soleil, lentement.
J’ai essuyé la sécheresse
Consumé les vapeurs amères du non dit
Mais le mois est trop lourd, trop froid
Sur et dans mon lit
Le manque toujours et sans cesse
Le manque de toi
Et dire que je ne souffre pas,
Que j’ai grandi
Que j’ai oublié
C’est le mensonge pour ne pas s’humilier
La tentacule hypocrisie.
La promesse…je…tu…je tue l’amour en moi
Pour qu’il ne t’atteigne pas.
Pour que tu ne me détruises plus
Pour que tu ne m’atteignes plus.
Commerce
Si j’étais sûre de l’éternité
A cheval sur le rêve, nue comme une femme-enfant
Et persuadée de ces Trèves accordées aux vivants
Après la journée insatiable, cette vie truquée
Je prends fin dans la naissance
Le soulèvement du corps sous le baiser
J’attend le monde de dernière instance
Le boutiquier
Si j’étais sûre du néant imaginé
Au galop a travers l’éternité,
Et de lui, ce commerçant hideux
Qui troque les vivants contre eux
Eux même, d’autres encore qui supplient leur Dieu
A coup de naissances
Avec des poèmes
Le cordonnier
Si j’étais sûr du cercle refermé
Le mors qui bride son silencieux néant
Et engendre toutes les femmes-enfants
Je demande à vérifier les dés
Pour prendre fin dans la jeunesse
Ce temps infini des dieux
Qui s’étend toujours et avec paresse
Vers les derniers soleils heureux
De l’artisan.
Stade éthique
Mes adjonctions de silence dans les nuits soucieuses
Où les fenêtres grincent comme des dents cariées
La vétusté des rêves qui reviennent, laconiques
Et s’enfoncent dans un sable mouvant, vitriolés
Cette rengaine infernale, le cycle citrique
Des eouvres d’angoisse, leur carême qui s’emporte
Vers la famine de nos ventres aux entrailles déchirées
Voici la fantomatique, la sereine, la morte
Qui s’agite furieuse
Voici ces êtres abjects qui tâtonnent aux portes
Et crient pour qu’on leur ouvre, ces démons aliénés
Aux sourires de grenadine, de tortues édentées
Voici le stade éthique, celui de l’expiation
Le rampant agonique qui demande et qui lutte
Et dans l’ultime trace de perdition
Menace l’esthétique
Vautrée comme une pute